Axelle Louard

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Graphiste de formation et passionnée par le dessin depuis l’enfance, je développe depuis 2019 une pratique artistique centrée sur le dessin d’observation. Mon travail s’inscrit dans une démarche hyperréaliste : je recherche avec précision les ombres, les lumières et les matières à travers un crayonné rigoureux, que je mets en tension avec des lignes plus graphiques.

En 2022, à la suite d’une initiation à la gravure à l’eau-forte — un procédé qui consiste à travailler une matrice à l’aide d’acides avant impression — je me tourne vers l’utilisation presque exclusive de l’encre pour mes créations. Ce recours introduit une contrainte essentielle : l’irréversibilité du geste. Il m’oblige à accueillir chaque inscription, chaque variation, et à transformer l’erreur en matière.
Avec la gravure, mon rapport au geste se transforme également : travailler une matrice, accepter l’action du temps et de l’acide, puis révéler l’image par l’impression : ce processus m’a appris à laisser advenir. La taille-douce, avec ses lignes fines et fragiles, prolonge cette attention portée au détail et à la trace.

De cette pratique naît un rapport plus intense à mes sujets. Mon observation s’affine, ma concentration se prolonge ; je m’attarde sur les moindres détails de lumière, d’ombre et de texture. Le temps du dessin devient alors suspendu.

Née à Compiègne et ayant grandi aux abords de sa forêt, je suis sensible aux formes du vivant et structures organiques du végétal. Mon regard se pose sur des fragments discrets de la nature en cours de transformation et souvent délaissés : un gland écrasé après le passage d’un animal, une matière en cours de décomposition, ou des feuilles mortes encore retenues à leur branche.

Ces feuilles, au seuil de leur chute, m’intéressent particulièrement : dans cet instant fragile, elles se contractent, se dessèchent, se transforment et se nervurent. Elles perdent leur vitalité tout en révélant une richesse de textures et de formes insoupçonnées, tout en offrant de nouvelles lignes. Elles incarnent un état transitoire : celui d’une fin qui porte déjà en elle un renouveau, puisque bientôt naîtront les bourgeons qui perpétueront le cycle.

À travers le dessin et la gravure, je cherche à prolonger cet instant éphémère, à en fixer la trace. Mon travail interroge la fragilité, la transformation et la mémoire du vivant : rendre durable, par le geste patient et par l’encre, ce qui, par nature est voué à disparaître.