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Gersende Petoux
le 6 décembre 2022

Animalités !

Serait-ce l’attrait du vin de Sancerre, la douceur du Val de Loire ? C’est bien en France que l’américain Larry McLaughlin a choisi de vivre et travailler durant six mois de l’année, avant de retrouver son atelier dans le désert de Phoenix, Arizona. Il s’est fait adopter par un voisinage parfois réticent et dubitatif en voyant des lapins géants de ciment et béton orner les champs derrière sa propriété. De véritables “Monstres !!!” comme les a qualifiés son voisin cultivateur.

Né à Litchfield, Minnesota en 1956, Larry McLaughlin a commencé la sculpture tout en étudiant à l’Université de Californie à Santa Cruz dans les années 1970. C’est à Londres qu’il s’est initié ensuite à la peinture et à la gravure, rejoignant Paris en 1988, où il a terminé ses études à l’école Nationale Supérieure des Beaux-Arts.

Larry McLaughlin – Lapin and co….

Voilà plus de 25 ans, lors d’une année que les Chinois dans leur calendrier vouaient au lapin, Larry se découvrit un plaisir immense pour la création animalière revisitée sous toutes ses formes, dans tous les sens du terme, produisant des œuvres aussi humoristiques qu’originales, avec des matériaux ou sur des supports divers : ciment et béton, révélation et vocation pour le travail des pierres reconstituées grâce à son maître de sculpture aux Beaux-Arts de Paris, mais aussi fer, papier, encre, peinture, céramique, feuille d’or, verre…

Larry McLaughlin

Larry est un personnage haut en couleurs d’une bonhomie chaleureuse et directe, en toute simplicité. Il parcourt le monde, exposant au Canada, aux Etats-Unis, à Singapour, en France, en Norvège, en Suisse… Aujourd’hui encore il s’étonne de la réception de ses œuvres par le public selon le point du globe où il se trouve. Chacun a sa propre perception et interprétation, intrinsèquement liées à sa culture, son pays d’origine, son histoire.

En dehors de ces considérations sociologiques et culturelles, c’est l’humain qui fascine et interroge Larry. Certes ses créations sont des animaux mais il les humanise et sexualise, et cet anthropomorphisme va plus loin. C’est une interrogation sur la place de l’homme et de la femme dans notre société, tels ces lapins roses sur toile qui rivalisent sur fond de feuille d’or de force musculaire et de tonicité, homme versus femme ! 

Larry se dépeint lui-même avec humour, dixit sa sculpture-autoportrait où il se représente tout en exubérance de chair et de débordements, se moquant de son physique généreux.

Larry McLaughlin – Les trois petits cochons !

Si les animaux envahissent les toiles, parfois de tout petit format, et se dandinent sur les bancs et consoles, tels ces cochons rose et or en terre cuite, d’autres miniatures, dessins sur papier collés sur bois, ornent le piano, couvrent les murs, profusion d’œuvres de tout acabit offrant à chacun l’opportunité d’acquérir non pas une, mais plusieurs créations de Larry. Elles se complaisent en effet en nombre, discutant avec humour dans leur complémentarité ou leur opposition.

Ses œuvres sont aujourd’hui exposées au Salon d’Art de Gilles Bouilliez à la Teinturerie de Roubaix, comme au 19ème siècle, quand l’art s’invitait chez les particuliers dans le cocon des salons privés. Au-delà du cadre enchanteur, Gilles est un magicien de la mise en scène et de l’éclairage. Ainsi, dans l’un des petits salons, les lumières tamisées adoucissent les courbes des sculptures de ciment surdimensionnées. Dans un équilibre qui semble dangereusement précaire, des personnages, triangles de béton inversés, voient le volume du haut se poser sur une base rétrécie et, par un éclairage subtil et inventif, Gilles est parvenu à projeter sur le mur des ombres qui accentuent leurs formes et caractéristiques : banane et menton galoché aux hanches étroites au côté de courbes féminines, généreuses et voluptueuses de Vénus préhistorique.

Larry McLaughlin – Sans titre

Le Salon d’Art est un lieu aussi raffiné qu’élégant, combinaison originale de Loft privé, chambre d’hôtes et lieu d’exposition sur 120m2, situé à proximité du magnifique Parc Barbieux de Roubaix, où se côtoient pas moins de 60 essences d’arbres. Voilà 8 ans, Gilles Bouilliez s’installa dans cette friche industrielle et ses projets n’ont pas fini d’étonner, une extension des plus remarquables étant à l’étude. La reconversion de ces friches en lieux culturels n’en est pas à son premier essai : ainsi l’usine Motte-Bossut, qui abrite les Archives du monde du travail et l’Eurotéléport, l’ancienne piscine, reconvertie en musée d’Art et d’Industrie, ou l’usine Roussel, qui héberge les studios de répétition des ballets du Nord, et tant d’autres encore qui font de Roubaix une Ville d’art et d’histoire au tourisme florissant.

Une excellente occasion de se rendre au Salon d’Art, le temps d’une visite ou d’un séjour avec nuitée(s). Une plongée délicieuse au cœur d’un endroit unique ; Michel Degand, partenaire lui aussi de la galerie, affirmait d’ailleurs à Gilles Boulliez que dans ce haut-lieu du bon goût et de l’esthétisme, rien ne venait heurter son regard partout où ses yeux pouvaient se poser… Bel hommage d’un artiste loossois de renom qui nous quitta l’année dernière.

Jusqu’au 26 février 2022 – La Teinturerie – Roubaix (59)